LES ELECTIONS ISRAELIENNES

"Les élections Israéliennes pour les nuls", petit guide explicatif  pour tenter d'y voir clair dans les prochaines élections en Israël. 

*** Merci à Dan Taïeb pour tous ces éclaircissements ***

Élections à la proportionnelle intégrale :

En Israël, on a (presque) toujours élu le premier ministre à la proportionnelle intégrale. Concrètement, cela veut dire qu’il n’existe qu’une seule élection, l’équivalent de l’élection législative en France, qui va permettre de choisir les 120 membres de la Knesset. Une fois la Knesset élue, c’est le Président de l’État qui va décider de quelle formation est la plus apte à former le prochain gouvernement : c’est d’ailleurs la seule vraie fonction “politique” et décisive du Président, qui dehors de ca, ne remplit que des rôles protocolaires et honorifiques.

Le seuil d'élégibilité :

Soucieux de préserver un cadre au sein du système à la proportionnelle intégrale, la législation a fixé un quota, au dessous duquel un parti ne pourrait pas être élu. Il s’agit du seuil d’éligibilité. Historiquement bas (entre 1% et 2% des voix), le seuil d’éligibilité a été fixé en 2014 à 3.25%, dans l’intention tout d’abord de mettre fin à l’existence de mini-partis à deux ou trois députés mais aussi de décourager tous les partis se présentant ‘’pour le sport’’ et n’ayant pas la moindre chance de rentrer à la Knesset. Il est important de souligner que ce pourcentage est calculé sur la base du nombre de votants le jour J, et pas sur le nombre des électeurs. Ainsi, aux dernières élections de 2015, il fallait 132,500 voix pour obtenir 1 siège à la Knesset. Les voix accordées aux partis n’ayant pas dépassé ce seuil sont « jetées à la poubelle». Ce seuil est critique : il est à l’origine de certaines alliances entre petits partis, et décidera de qui sera élu à la Knesset ou non. Cette année, en 2019, 42 partis sont en lice pour l’élection (ce n’est pas une blague, et c’est un record dans l’histoire d’Israël). Parmi eux, seulement une 10/15aine de partis auront des sièges à la Knesset, les autres disparaitront.

Comment le Président de l’Etat va se décider ?  :

Le Président, Reuven Rivlin, va donc « consulter » tous les partis élus, dans les jours suivants les résultats. Chaque parti va « recommander » une formation qui, selon elle, est la plus apte à former un gouvernement. Le Chef de parti qui aura récolté le plus de recommandations, formera le prochain gouvernement. Pour pouvoir gouverner, la nouvelle coalition doit rassembler une majorité absolue, soit 61 députés sur les 120 que comptent la Knesset. Le but du future Premier Ministre est bien évidemment de former la majorité la plus large possible, pour ne pas avoir de soucis à gouverner. Mais dans les faits, c’est beaucoup plus compliqué. Le vainqueur des élections n’atteignant pratiquement jamais à lui seul les 61 députés, il est donc forcé de s’allier à d’autres formations politiques pour atteindre ce chiffre critique. Et s’allier à d’autres formations, cela signifie forcement : faire des concessions, offrir des postes-clefs, donner des budgets etc... Le système de la proportionnelle intégrale présente des avantages et des inconvénients : ses partisans le défendent car il est spécialement démocratique, offrant une réelle représentativité du souhait du peuple. Pour ses détracteurs, ce système est dangereux car il donne de facto de « gros » pouvoirs à des « petits » partis, qui même avec 3 ou 4 députés seulement, se retrouvent en position de force pour négocier leur entrée dans un gouvernement qui a besoin d’eux.

Le Président fait son choix. Et après ?  :

Une fois tous les partis élus consultés, le Président va donc désigner un candidat pour former le futur gouvernement. Légalement, le Président peut designer n’importe quel des 120 députés fraichement élus. Concrètement, il désignera toujours le chef de Parti ayant obtenu le plus de « recommandations » suite à la consultation. Normalement, dans la plupart des cas, il s’agira du vainqueur de l’élection, ou plus exactement, du leader du parti ayant obtenu le plus de suffrages. Mais ce n’est pas toujours le cas ! Comment est-ce possible ? Une fois le candidat désigné, celui-ci a 60 jours pour former une coalition de 61 députés au minimum et former son gouvernement. S’il réussit, il devient officiellement Premier Ministre de l’Etat d’Israël. Mais s’il échoue à former cette coalition, la tache revient au leader de la 2eme formation ayant obtenu le plus de suffrages lors de l’élection. Le dernier exemple en date n’est pas si vieux : en 2009, Tzipi Livni, bien qu’ayant remporté les élections, n’a pas réussi à former sa coalition. Le ballon est retombé dans le mains de Bibi, arrivé 2eme à l’élection, qui lui a réussi à former une coalition suffisamment grande. Il est ainsi devenu Premier Ministre. Vous comprenez donc ici l’importance du seuil d’éligibilité, et la force de « petits partis » qui peuvent décider, avec peu de députés, de faire vaciller un gouvernement. Il faut noter également que la coalition qui sera formée 60 jours après l’élection, n’est pas figée dans le marbre : durant les 4 ans de son mandat, le Premier Ministre peut décider de changer sa coalition (en fonction d’intérêts politiques) ; en general, le Premier Ministre essaiera d’élargir sa coalition au cours de son mandat. Réciproquement, un petit parti peut décider de quitter le gouvernement, et potentiellement, de le renverser (ex : si un parti de 6 députés quittent une coalition gouvernementale de 65 députés, le gouvernement se retrouvera à 59 députés, et n’aura plus la majorité au Parlement. Si le parti « quittant » décide de voter les lois avec l’opposition, il peut ainsi bloquer les actions du gouvernement, et éventuellement, le renverser). Les choix de coalition sont donc cruciaux.

Quelles alliances possibles ?  :

Historiquement, les alliances se font selon les « blocs » traditionnels : le bloc de droite et bloc de gauche. Le Likud, grand parti de droite, créé sa coalition avec les autres partis de droite. Avoda, grand parti de gauche, créé en général sa coalition avec les autres partis de gauche. C’est exact dans la plupart des cas, mais ce n’est pas forcement une règle absolue. Certaines coalitions « pragmatiques » se sont faites à plusieurs reprises. On a ainsi pu voir les partis Haredim (orthodoxes), généralement acquis à la droite, entrer dans des gouvernements de gauche. On peut également citer les élections de 2013, durant lesquelles Bibi a préféré faire entrer dans sa coalition le centriste Yair Lapid au détriment d’autres partis de droite restés dans l’opposition. A noter également : il est parfois arrivé que le Likud et Avoda, les deux grands partis historiques de droite et de gauche, forment une coalition ensemble : on parle dans ce cas de gouvernement d’union nationale.

Et pour les élections de 2019 alors ?  :

Il est essentiel de comprendre ces histoires de coalition et de blocs, car les élections de 2019 seront, si l’on en croit les sondages, incroyablement serrées. Shimon Peres disait des sondages qu’ils sont comme le parfum : ils sentent bons, mais il ne faut jamais les avaler. Soyons donc prudents sur les chiffres. Si l’on en croit les derniers sondages, le bloc de droite et le bloc de « centre gauche » arriveraient au coude à coude avec 48 députés chacun. En dehors des 2 blocs, on compte également 12 députés Haredim (orthodoxes) et 12 députés arabes (partis arabes). Une éventuelle coalition atteindrait donc 60 députés ! Sur le papier, le bloc de droite aurait moins de difficultés à former cette coalition, les partis religieux s’étant déjà engagés à le soutenir. De l’autre coté, on imagine mal un bloc de centre-gauche faire entrer les partis arabes dans son gouvernement, ceux-ci étant farouchement antisionistes. Mais ce n’est pas si simple : si Kahol-Lavan, le grand parti du centre, arrive largement en tête des sondages le 9 Avril, il se pourrait que les partis Haredim (orthodoxes), favorisant généralement le pragmatisme politique, décident finalement d’entrer dans leur coalition. Il se peut également que certains partis de droite, notamment de centre-droit, acceptent également d’entrer dans la coalition. Il faut bien comprendre que s’il existe « deux blocs », politics is politics : les frontières sont poreuses.

Les scénarios possibles :

Si l’on en croit les sondages, la lutte sera difficile entre le Likud de Benjamin Netanyahu et le nouveau parti Kahol-Lavan (Bleu-blanc) de Benny Gantz. Aujourd’hui (au 6 Mars 2019), les sondages créditent Benny Gantz de 30 à 36 sièges, alors que Bibi obtiendrait lui de 27 à 31 sièges.

 

Plusieurs scénarios possibles :

1) Kahol Lavan remporte les élections et forme un gouvernement d’union national : comme Benny Gantz l’a déjà annoncé, s’il remporte les élections, le Likud sera le premier parti à qui il tendra la main. Concrètement, cela signifierait qu’un gouvernement d’Union National est crée, et qu’ils n’auraient éventuellement pas besoin d’autres partis plus petits pour gouverner. Sauf qu’à l’heure actuelle, le Likud réfute en bloc cette hypothèse. Pourquoi Benny Gantz persiste-il à y croire ? Il est évident qu’en cas de défaite, Bibi quitterait définitivement la scène politique. Les ambitieux du Likud y verront là une excellente occasion de se démarquer, en vu de reprendre le parti, et certains pourraient décider d’entrer dans le gouvernement contre un ministère qui les ferait briller. Il faut noter que légalement, il faut au minimum 1/3 de « frondeurs » au sein d’un parti pour qu’ils puissent prendre leur indépendance à la Knesset. Benny Gantz, en tendant la main au Likud, pourrait soit former un « vrai » gouvernement d’union nationale avec le Likud dans son intégralité, soit proposer des postes intéressants à quelques « frondeurs » qui pourraient le rejoindre.

 

2) Kahol Lavan remporte les élections et forme une coalition avec d’autres petits partis : une hypothèse pour le moment difficilement envisageable : au vu des résultats des blocs, Benny Gantz ne serait pas en mesure de former une coalition sans les arabes ou les Haredim. La probabilité d’une coalition repose sur l’acceptation (ou non) de ces partis à entrer dans une coalition. Benny Gantz pourrait avoir une autre corde à son arc, et proposer au parti de centre-droit Koulanu de Moshe Kahlon de rentrer au gouvernement, bien que ce dernier affirme pour l’instant soutenir Bibi. Là encore, sans savoir combien de sièges ces « petits partis » obtiendront, il est difficile de prédire le futur gouvernement, et il est difficile de prévoir quels retournements de situations les chefs de ces partis nous réservent, quand ils seront aux portes de grands ministères.

 

3) Kahol Lavan remporte les élections et forme une coalition minoritaire : cela signifierait que la coalition gouvernementale comporte moins de 60 députés. C’est techniquement possible, mais très risqué. Cela voudrait dire que Benny Gantz compterait sur le soutien tacite de partis « hors-coalition », comme les partis arabes, qui voteraient en faveur du gouvernement bien qu’en étant exclu. Cela s’est déjà vu dans l’histoire d’Israël, mais bien évidemment, cette solution serait hautement fragile, car au moindre désaccord avec ses soutiens « hors-coalition », ceux-ci pourraient voter contre le gouvernement lors des votes à la Knesset.

 

4) Le Likud remporte les élections et forme une coalition à droite : c’était, jusqu’à peu, l’hypothèse la plus probable de cette élection. Mais certains sondages ces derniers jours montrent que le bloc de droite + haredim pourraient se retrouver avec 59 députés. Si tel est le cas, les mêmes outils mentionnés plus haut s’offrent à Bibi : faire entrer le parti Kahol-Lavan dans sa coalition, ou trouver un allié « hors-coalition » pour former un gouvernement minoritaire.

Les principaux partis en lice :

Le Likud : parti traditionnel de la droite israélienne, dirigé par Bibi depuis 2006. Le Likud reprend les attributs traditionnels des partis de droite : économie de marché, ouverture à la concurrence, une position ferme contre le terrorisme etc. Aussi bizarre que cela puisse paraitre, le Likud ne présente pas de programme politique depuis plusieurs années. Fort de ses succès électoraux, ils se servent de leur bilan pour expliquer leur programme. Concernant la création ou non d’un état palestinien, ce n’est pas clair : la plupart des déclarations laissent entendre qu’ils sont contre, mais un des discours fondateurs de l’ère Bibi est le fameux discours de Bar Ilan dans lequel il indiquait soutenir la solution à deux états.

 

Kahol Lavan : se présente comme un parti centriste, réfutant le clivage droite/gauche, un peu à la Macron. Il est né juste avant les élections, de plusieurs fusions. D’abord, la fusion entre le parti Telem (droite) de Bogie Yaalon (ancien chef d’Etat Major de Tsahal et ancien ministre du Likud) et le parti Hosen le Israel (Resilience) de Benny Gantz (ancien Chef d’Etat Major de Tsahal). Ce n’est pas tout … 24h avant la date limite du dépôt des candidatures, le parti Hosen le Israel a conclu une alliance avec le parti centriste Yesh Atid de l’ancien journaliste Yair Lapid. Dernier gros coup politique de cette journée: en même temps que leur alliance avec Lapid, ils rallient également un autre ancien Chef d’Etat Major, Gabi Ashkenazi, qui devient tête de liste numéro 4. La presse renomme aussitôt le parti « le parti des Généraux », puisqu’il réunit 3 anciens Chefs d’Etat Major de Tsahal, une première en Israël. Un retournement de situation spectaculaire, puisque cette nouvelle formation, baptisé « Kahol-Lavan » (Bleu-Blanc), fait un bond dans les sondages, et se retrouve en tête avec 35 députés, détrônant par la même occasion Bibi, ce qui n’était pas arrivée depuis 10 ans. Concernant leur position de l’échiquier politique, il est difficile de les enfermer dans une case. Le parti Telem de Bogie Yaalon, tête de liste, se revendique de droite libérale et « républicaine ». Avec coté d’eux, le parti Yesh Atid de Yair Lapid mise sur les thématiques sociales, et la réduction du coût de la vie. Enfin, dans les rangs de Hossen le Israel, on trouve des anciens du Likud, des anciens de Avoda, mais surtout Avi Nissenkoren, le numéro 5 de la liste, ancien patron du grand syndicat en Israël. Les détracteurs de Kahol-Lavan se demandent comment Benny Gantz arrivera à faire cohabiter les anciens de la droite dure du Likud, comme Bogie Yaalon, avec l’ancien patron des syndicats très ancré à gauche.

 

Avoda : parti traditionnel de la gauche israélienne, dirigé par Avi Gabbay, qui s’est effondré au fil des années. Jadis grand parti de Ben Gurion, Golda Meir, Yitzhak Rabin, le parti se retrouve aujourd’hui dans les sondages entre 5 et 8 députés. Il fait les frais de la multiplication des partis centristes ces dernières années, de difficiles luttes internes (les dernières en date entre Avi Gabbay et Tzipi Livni), et de la fuite de certains électeurs pour ses raisons plus idéologiques.

 

Meretz : parti de gauche, ou pour certains d’extrême gauche, dirigé par Tamar Zandberg. Il est historiquement un allié naturel de Avoda, qui lui aussi s’est vu chuter au fil des années.

 

Kulanu : parti de centre-droit, créé par Moshe Kahlon, ancien ministre du Likud. Ce parti a crée la sensation en 2015, en obtenant 11 députés lors de leur première participation à une élection. Le parti tomberait à 5/7 députés, mais bien que petit, pourrait bien être décisif dans l’éventualité de former une coalition.

 

Ha Yamin ha Hadash : littéralement « la nouvelle droite ». Il s’agit d’un nouveau parti créé juste avant les élections par Naftali Benet et Ayelet Shaked, qui ont quitté pour l’occasion leur ancien parti “ha Bayit ha Yehudi” trop identifié, selon eux, avec le « sionisme religieux ». Leur ambition est de réunir tous les partisans de droite, religieux et laïcs.

 

Ihud ha Yamin : l’Union des partis de Droite. C’est l’Union de 3 partis de droite, « Ihud Leumi », « ha Bayit ha Yehudi », et « Otzma Yehudit ». Ces partis habituellement concourent seuls. Cette fois-ci, face au « danger », selon-eux, que représente Kahol-Lavan qu’ils assimilent à la gauche, et l’incertitude pour ces 3 partis de passer le seuil d’éligibilité, ils ont fait liste commune afin de maximiser leur chance. Cette association fait polémique, car si les 2 partis Ihud Leumi et ha Bayit ha Yehudi sont considérés comme démocratiques et fréquentables, le parti Otzma Yehudit, et leurs dirigeants, sont connu pour être les héritiers du Rav Kahana, ancien dirigeant de la Jewish Defense League elle même interdite en Israël pour racisme. La polémique a pris des proportions encore plus grandes, car c’est Bibi lui-même qui a incité cette union, en leur promettant un ministère et des postes importants au prochain gouvernement. Les détracteurs de Bibi lui reprochent donc d’avoir soutenu cette alliance et de faire “re-rentrer” les Kahanistes là la Knesset, où ils étaient persona non-grata depuis les années 1980.

 

Il existe d’autre partis importants, qui seront très certainement représentés à la Knesset. Parmi eux, on peut citer :

- Israel Beitenu : parti de droite Russophone d’Avigdor Liberman, il lutte aujourd’hui pour sa survie politique et n’est pas sur de passer le seuil d’éligibilité

- Shas : le parti orthodoxe séfarade

- Yahadut ha Torah : le parti orthodoxe ashkénaze - La liste unifiée, union des deux partis arabes Hadash et Ta’al

- L’union arabe des partis Balad et Ram

- Zehut : « identité », le parti de Moshe Feiglin, ancien Likud

Les affaires judiciaires de Bibi  :

C’est un élément important, car ces affaires sont au cœur de la campagne électorale. Quant aux affaires elles-mêmes, je vous laisse chercher sur internet. Concernant le contexte et les répercussions, rapidement : Il y a plus d’un an ont commencés des auditions et perquisitions au domicile du Premier Ministre, qui serait impliqué dans plusieurs affaires. L’enquête se déroulant depuis plus d’un an, le Procureur de l’État (par ailleurs ancien ami de Bibi), devait rendre ses « recommandations » dans le courant de l’année 2019. Ces recommandations n’ont aucun caractère contraignant, et ne condamnent pas (pour le moment) Bibi, mais elle ont le pouvoir de déclencher une mise en examen et un procès (qui prendra plusieurs années avant de donner ses conclusions).

 

Qui de l’œuf ou de la poule est venu en premier ?

C’est un peu la même histoire avec les affaires judiciaires de Bibi. Les détracteurs de Bibi affirment que, voyant les conclusions peu flatteuses du Procureur de l’Etat lui exploser en pleine face, Bibi aurait décidé en fin d’année 2018 de provoquer des élections anticipées afin de prendre de vitesse la Justice et se faire réélire avant sa probable mise en examen. De toute évidence, cette supposée stratégie a échoué, puisque le Procureur de l’État a rendu ses conclusions en pleine campagne, le 28 février dernier.

Les partisans de Bibi, eux, affirment que la gauche et les médias ont fait pression de toutes leurs forces sur le Procureur de l’Etat pour qu’il publie ses conclusions avant les élections, dans le seul but de faire chuter le Roi Bibi.

 

Ces affaires cristallisent aujourd’hui toutes les tensions en pleine campagne. Kahol-Lavan réclame la démission de Bibi, affirmant qu’il est impensable pour un Premier Ministre d’être mis en examen, et potentiellement inculpé. Le Likud, lui, affirme que les accusations contre Bibi sont une campagne politique orchestrée par Kahol Lavan et la gauche dans le but de le faire chuter.

Ce qui est sur, ce sont les faits suivants :

 Dans les affaires 1000 et 2000, le Procureur recommande la mise en examen de Bibi pour « abus de confiance ». Dans l’affaire 4000, le Procureur recommande sa mise en examen pour « corruption », qui est autrement plus inquiétant dans l’échelle des chefs d’accusations et des potentielles conséquences

 La recommandation du Procureur ne condamne pas (encore) Bibi, et la mise en examen ne sera effective au niveau de la justice que l’année prochaine

 Un Premier Ministre mis en examen peut légalement remplir son mandat. Seul un Premier Ministre condamné est touché d’inéligibilité

Bibi est donc dans une situation délicate. Il sait qu’il sera mis en examen pour corruption d’ici quelques mois. S’ouvrira alors plusieurs procès pour les affaires en cours, qui pourraient déboucher sur des sanctions autrement plus graves et sévères. Bibi est sur de sa défense, et annonce que cette machination politique est un « château de carte » qui ne va pas tarder à s’écrouler. Quand à Kahol Lavan, ils considèrent la mise en examen d’un Premier Ministre de l’Etat d’Israël comme étant déjà assez grave moralement, et qu’un Premier Ministre qui doit répondre à la justice ne peut exercer pleinement ses fonctions de chef de gouvernement.

Les camps des « pro-Bibi » et « anti-Bibi » se scindent un peu plus. Beaucoup, notamment au Likud, veulent faire passer ces élections pour un référendum pour ou contre Bibi. Ce qui est sur, c’est que cela occulte les débats et les réels sujets autour desquels devraient s’articuler la campagne.

Pour finir  :

La campagne s’est donc polarisée sur ces 2 grands partis, qui sont le Likud et Kahol-Lavan.

 

D’un coté, le Likud se présente comme le parti de gouvernement depuis 10 ans, et dénonçant les accointances de Kahol Lavan avec les partis de gauche, et son impossibilité de former une coalition sans les arabes. C’est clairement l’angle d’attaque assumé de la campagne de Bibi : « Kahol-Lavan, c’est la gauche ». De l’autre cote, Kahol-Lavan avance « 117 années d’expérience militaire », l’expérience ministérielle de la liste de Lapid, et réfute toute étiquette gauche ou droite. Ils se gardent bien d’ailleurs de prononcer le mot « état palestinien » dans leur programme politique, et l’ambition affichée avec la mise en avant des thématiques sécuritaires est d’empiéter sur l’électorat de droite.

Bien évidemment, il est impossible de prédire l’avenir en Israël. En 2015, alors que les derniers sondages quelques jours avant l’élection donnaient Herzog du parti travailliste avec 23 députés, devant Bibi avec 22 députés, Bibi l’a finalement battu par KO 31/22. En 1995, les résultats étaient tellement serrés, que le pays entier s’est couché avec Shimon Peres comme Premier Ministre. Le lendemain matin, à 8h, le pays se levait avec Benjamin Netanyahu finalement élu. Je ne me laisserai aller à aucune prédiction : les résultats risquent d’être très serrés, et nous assisterons à l’un des deux scénarios suivants : la victoire de l’invincible Bibi, ou la victoire des Généraux de Tsahal et une refonte totale du paysage politique israélien avec le départ de Bibi. Résultat le 9 Avril … voir même 60 jours plus tard, si vous avez bien suivi !

Merci Dan Taïeb pour tous ces éclaircissements !

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